« Femmes de la pêche » en Mauritanie

En soutenant les vendeuses de poisson, Mauritanie 2000 améliore l’alimentation des plus pauvres. Rencontre avec sa directrice, Nedwa Moctar Nech.

Quelle place le réseau des femmes de la pêche fait-il aux femmes dans le secteur de la pêche en Mauritanie ?

En Mauritanie il y a beaucoup de poisson, et beaucoup de femmes désœuvrées analphabètes. Nous, on a fait le lien. On a commencé le projet avec 30 femmes, aujourd’hui il y en a eu 1 200. Dans la chaîne de la pêche, les hommes sont les pêcheurs et les femmes sont ce qu’on appelle les « post kassir », c’est-à-dire celles qui s’occupent de tout ce qui est revente et transformation. En aidant les femmes revendeuses de poissons, on agit pour l’indépendance alimentaire : l’approvisionnement en produits halieutiques est assuré au niveau des quartiers. Les femmes vendent le poisson frais sur le marché, dans les quartiers périphériques des grandes villes et ainsi apportent le produit aux ménages les moins nantis. Elles apportent aussi une solution à un problème capital que connaît la Mauritanie : c’est un pays très vaste dans lequel les villes du littoral sont rares. Comme il n’y a pas de ligne de transport adéquate ni de chaîne de glace, les gens à l’intérieur ne connaissent pas les produits de la pêche. Nous avons donc opté pour le séchage parce que ça ne demande pas aux femmes une grande technicité ni un niveau de formation élevé ; et ça ne demande pas de chaîne de froid qui coûte très cher.

Pourquoi apporter une aide aux femmes en particulier ?

La femme est la chef de foyer, c’est celle qui est la première responsable des enfants et du ménage. En investissant dans la femme, on l’aide à se valoriser elle-même ainsi qu’à améliorer les conditions de vie des enfants de son foyer. Si on aidait les hommes, on ne serait pas sûr que les retombées positives iraient directement au foyer car les hommes n’hésitent pas à abandonner leur foyer pour en créer un autre, se remarier etc. On travaille aussi avec des hommes mais seulement au niveau de la politique de la pêche, pour le pôle plaidoyer par exemple. Mais on n’achète pas de moyen de production aux hommes, et on ne leur donne pas de crédit.

Quels sont les moyens mis en œuvre ?

Concrètement, on fait des formations. Nous avons un centre de formation à Nouakchott (la capitale), et un autre est en train d’être créé dans le nord. Nous faisons des formations d’alphabétisation car les femmes que nous formons sont issues de milieux très pauvres et sont donc toujours analphabètes. Nous les formons en gestion et nous nous intéressons aux conditions de travail : le but est de systématiser le travail pour améliorer la qualité d’hygiène et d’assainissement, ainsi que la diversification des produits. Nous avons aussi un volet microcrédit qui permet d’acheter le produit non transformé. Enfin, nous sommes en recherche permanente de partenaires, en Afrique et ailleurs. Nous travaillons par exemple avec la branche espagnole d’Oxfam ainsi qu’avec le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement) en France.

Nedwa Moctar Nech est directrice de l’ONG Mauritanie 2000 qui, depuis sa création en 1995, agit pour le développement de la pêche artisanale et le renforcement des capacités des femmes travaillant dans le secteur. En 2003, le réseau des « femmes de la pêche » a été mis en place au sein de l’association afin de renforcer les capacités des femmes au niveau organisationnel, technique et financier.

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